Le golf de Tina, le plus cher et le plus controversé de Nouvelle-Calédonie, ne laisse personne indifférent. Deux ans après notre précédent entretien, Jean-Daniel Burtet (directeur général de la SEM de Tina) et Dominique Ricaud (directeur général délégué) ont accepté de répondre sans détour à toutes mes questions. Entre l’état du parcours, les greens, les bunkers, les finances et les projets majeurs (padel, pickleball, vélo…), une chose est sûre : Tina ne sera plus jamais le même. Et si le nom « Domaine de Tina » allait bientôt s’imposer ?
Deux ans après notre dernière interview, où en est Tina aujourd’hui alors que vous m’annonciez une perte de 50 cotisants fin 2024 plus 20 début 2025 pour raisons économiques ?
PUBLICITÉ
Dominique Ricaud : À la date du 1er juin 2026, il y a 624 cotisants.
La fréquentation du parcours a-t-elle retrouvé son niveau d’avant 2024 ?
D.R. : Oui, elle est même légèrement supérieure.
Qu’avez-vous mis en place pour faire revenir des joueurs, et qu’est-ce qui a réellement fonctionné ?
Jean-Daniel Burtet : Nous avons lancé des tarifs « nouveaux adhérents », assez bas et étalés sur deux ans.
D.R. : Concrètement, ils payent 13 900 F la première année, 15 900 F la deuxième, et à partir de la troisième année, ils passent aux tarifs normaux. Ça leur donne le temps de décider s’ils continuent. Sinon, s’ils veulent jouer ailleurs, il y a d’autres golfs sur le territoire qui proposent des tarifs plus attractifs.
Ces nouveaux joueurs, qui sont-ils ?
D.R. : Ils viennent principalement des journées portes ouvertes que nous organisons en avril et en octobre, avec des initiations gratuites. Nous avons aussi accueilli des joueurs en provenance d’autres clubs.
Cotisants à la SEM : 609 en 2022, 608 en 2023, 562 en 2024, 587 en 2025, 624 en 2026.
Licenciés à l’ASGT : 508 en 2022, 538 en 2023, 517 en 2024, 489 en 2025.
Dumbéa a proposé à vos cotisants une formule d’abonnement appelée « Extension » à 5 900 F. Y a t-il réciprocité ?
D.R. : Non, c’est une formule qui a fonctionné un certain temps, avec un support comptable qui devait gérer les encaissements pour les quatre golfs. C’était assez compliqué et cela s’est terminé suite aux émeutes.
J.-D.B. : On n’a pas souhaité renouveler l’opération car pour moi ce n’est pas la bonne formule. Après, le gestionnaire de Dumbéa fait ce qu’il veut.
Finances et subventions : un équilibre fragile
En 2024, vos comptes étaient à l’équilibre avec 170 millions de francs en recettes et en dépenses. Ce montant a-t-il évolué ?
J.-D.B. : C’est pareil, voire légèrement bénéficiaire chaque année.
Depuis les émeutes, avez-vous reçu un soutien financier public ?
J.-D.B. : Aucun. Même depuis 2020.
Avant 2020, quel était le montant des subventions ?
J.-D.B. : Nous percevions 35 millions de francs de la province Sud, automatiquement, avec aussi en 2019 des appels de fonds avec des apports en comptes courants d’associés pour combler une trésorerie déficitaire chaque année. Depuis 2020, nous ne recevons plus rien et nous sommes légèrement bénéficiaires.
Une bonne nouvelle, non ?
J.-D.B. : Oui, bien sûr. Mais il y a une nuance : l’aspect comptable et l’aspect trésorerie ne sont pas toujours en phase. Notre exploitation est très légèrement bénéficiaire, mais en trésorerie, nous sommes très excédentaires. Nous avons une somme importante devant nous qui nous permet de faire face aux coups durs, s’il y en a.
L’entrée de Canopée, un des plus beaux endroits du Caillou pour venir déjeuner ou dîner dans un écrin de verdure.La salle principale du nouveau club-house, d’une capacité de 140 places assises.Une des deux terrasses où écouter le chant des oiseaux.
Club-house et restaurant : un an de retard
Le club-house et le restaurant devaient ouvrir en juillet-août 2025. Ils viennent d’ouvrir il y a deux mois. Pourquoi ce retard ?
J.-D.B. : Un an de retard, oui. L’exploitant, Serge Layec, s’est longuement interrogé après les émeutes pour savoir s’il lançait le projet ou non. Quand il a pris sa décision, les banques ont hésité. Il y a eu des allers-retours entre l’exploitant, les banques et nous, car nous avons revu à la baisse le loyer pour les premiers temps. Serge a aussi pris un associé, et le projet a finalement démarré. Sachez que nous lui avons livré le bâtiment à l’état brut : l’exploitant a financé les cuisines, les chambres froides, le mobilier, etc., pour plusieurs dizaines de millions. Il a signé un bail de 9 ans.
C’est donc la SEM de Tina qui a financé la construction du bâtiment, à hauteur de 170 millions comme prévu ?
J.-D.B. : Les 170 millions couvrent le restaurant, la rénovation du proshop et la reconstruction du hangar des karts. Pour la partie restauration et le club-house, nous en sommes à 120 millions.
Pour quelle surface ?
D.R. : 460 m².
Il y a aussi des places de parking supplémentaires ?
J.-D.B. : Oui, nous en avons créé 14 de plus derrière l’ancien club-house. Avec un architecte et l’entrepreneur, nous allons en gagner 16 supplémentaires sur l’actuel. Nous devrions arriver à 120 places de parking.
D.R. : En réalité, les 14 places correspondent au parking devant le hangar, après le practice. Nous allons les réserver aux golfeurs qui prendront directement leurs voiturettes.
Les greens : un défi majeur
C’est un secret de polichinelle, les greens de Tina sont en mauvais état. Quel est votre diagnostic en août 2026 ?
D.R. : Ils sont en mauvais état à cause des pluies abondantes sur tout le territoire. En ce moment, ils sont en dormance car c’est l’hiver, donc il n’y a pas de pousse. Avec les pluies, les champignons se développent. Et comme les produits phytosanitaires sont interdits en Nouvelle-Calédonie, nous ne pouvons agir que mécaniquement. Il faut donc de l’huile de coude pour nos employés.
Depuis novembre 2025, nous avons opté pour la graminée Paspalum (comme à Dumbéa et Déva, ndlr). Depuis décembre, nous avons développé une première gazonnière derrière le trou 15, pratiquement opérationnelle, qui fait 400 m². Une seconde gazonnière, de 400 m² également, sera opérationnelle vers la fin de l’année, ainsi qu’une quasi naturelle de 200 m² sur le trou 5. Soit 1 000 m² au total.
Une des deux gazonnières :
Au premier plan, la seconde, ce sont des carottes qui dès la saison chaude en septembre s’étaleront sur 400 m2.
Au deuxième plan, le Paspalum est quasiment prêt à être plaqué sur les 9 derniers trous.
Alors, comment allez-vous vous en servir ?
D.R. : Notre processus actuel consiste à travailler sur les 9 premiers trous. Première étape : créer un collier de Paspalum autour des greens, puis implanter des carottes sur tout le green. Par exemple, sur le trou 9, il y en a 1 500. Le Bermuda, l’ancien gazon, est mort, comme à La Ouenghi.
J.-D.B. : Il faut savoir que tous les greens ont une durée de vie de 10 à 20 ans, selon la climatologie et le type d’herbe. Nous en sommes bien au-delà. Le problème en Nouvelle-Calédonie, c’est qu’il n’y a pas l’argent nécessaire pour réinvestir au fur et à mesure pour les refaire. Quand on regarde les couleurs des greens, partout où ça tient, c’est du Paspalum, et là où ça meurt, c’est du Bermuda. Par exemple, les trous 1, 2, 3 et 15 sont quasi prêts.
D.R. : Pour les 9 derniers trous, le processus est différent. Grâce à la gazonnière de 800 m² à côté du trou 15, nous allons déplaquer la moitié d’un green (comme le trou 16) et tout replaquer en Paspalum. Il va se développer pendant quelques mois, ce qui permettra aux golfeurs de continuer à jouer, puis nous ferons la même chose sur l’autre moitié. Je travaille sur ce projet avec l’aide de conseillers néo-zélandais.
Comme tous les bunkers, celui-ci est en attente d’un sable approprié.Après le coeur de Voh, le coeur de Tina.Carottage, plaquage, il va falloir être patient.
Les bunkers : un autre casse-tête
La semaine prochaine, vous accueillez le South Pacific Junior Open, pour sa 10ème édition. Êtes-vous prêts ?
J.-D.B. : Oui, on ne peut pas être plus prêts que nous le sommes. Si ce n’est l’état des greens et des bunkers.
Justement, je vois le green du 9 avec de l’herbe dedans. L’objectif est d’en faire un bunker d’herbe ?
D.R. : Pour la compétition, c’est l’arbitre qui décidera. Mais encore une fois, les bunkers sont un problème en Nouvelle-Calédonie !
J.-D.B. : Le jour où quelqu’un nous amène une solution technique, on les change, on a le budget. Il n’y a pas de sable adapté sur le territoire ! On recherche du sable qui n’a pas de mauvaise réaction chimique avec l’acidité de la pluie. Et comme le sable calcaire s’agglomère, il faut trouver le bon. Il y a deux jours, nous sommes allés voir un fournisseur qui voulait nous montrer un sable qu’il avait préparé. En termes de jouabilité, c’était pas mal, mais la granulométrie n’est pas bonne du tout. Le sable projeté sur le green ne pourrait pas être absorbé, de plus, ça abîmerait les lames des tondeuses. Il va retravailler le sujet, mais en attendant, il va nous livrer une tonne de sable que nous mettrons dans un bunker de fairway. Cela nous permettra, avec le temps, de savoir s’il s’agglomère ou pas.
Lundi 17 août, un m3 de « sable » est déversée dans un bunker de parcours, sur le trou 15. C’est de la pierre bleue concassée à 0,4 mm qui après quelques mois d’essai devrait être validée ou non.Première sortie de bunker pour le directeur Dominique Ricaud. Si le sable est validé, il passera à 0,1 mm.
Réponse à Fabrice Ho : « Fermer le golf ? Une question de moyens »
Vous avez lu l’année dernière l’interview de Fabrice Ho, qui disait qu’il fallait fermer votre golf et tout refaire de A à Z. Qu’en pensez-vous ?
D.R. : Très bien, on pourrait le fermer, mais c’est une question de moyens. Si on me donne 500 millions, je ferme le golf et je le refais.
J.-D.B. : Aujourd’hui, même avec un budget conséquent, on ne serait pas capable de refaire un golf complètement. Par exemple, on n’a pas le droit d’importer des graminées, donc des graines à planter, car c’est une herbe envahissante ! Même le transport est interdit. Pas d’engrais, pas d’herbicides chimiques, pas d’importation : on fait avec les moyens du bord. C’est une honte ce qu’a dit Fabrice, il parle sans connaître les réalités économiques, juridiques ou phytosanitaires. Il travaille avec énormément de personnel, nous, nous n’avons que six employés sur le terrain, qui ne sont pas payés 15 000 F par mois !
Padel, pickleball et diversification : un poumon financier ?
L’ancien club-house va donc loger les voiturettes. Que devient l’ancien hangar ?
D.R. : Il deviendra le hangar de maintenance, l’atelier mécanique.
Ah, un bruit courait comme quoi il y aurait dedans des terrains de padel !
J.-D.B. : Alors… oui et non. C’est un vrai projet, très avancé, mais il faut une décision politique finale : on y va ou on n’y va pas !
Où en est ce projet exactement ?
J.-D.B. : Les terrains seraient installés derrière le hangar, dans l’actuel atelier. Ce serait un vrai poumon financier pour la SEM. Il y aurait 8 terrains de padel, 2 de pickleball, un bar-restaurant et une salle de musculation. C’est un projet à 500 millions, entièrement financé par des fonds privés. Nous attendons la décision politique de la province Sud.
Le parking et les padels couverts trouveront leur place une centaine de mètres après l’actuel hangar à voiturettes, sur une surface d’un hectare.
Vous toucherez un loyer, aussi bien pour les terrains que pour le restaurant ?
J.-D.B. : Oui, nous leur louons un terrain nu contre un loyer fixe. Ce sera pour nous un revenu complémentaire important, qui nous permettrait de débloquer un crédit pour financer les 200 millions de travaux nécessaires à la réfection du parcours. Avec deux loyers perçus par mois (club-house/restaurant et terrain de padels, ndlr) , c’est un gros plus. Le projet est prêt à 95 %.
« L’idée, c’est de renommer le site en domaine de Tina. »
J.-D.B. : C’est un développement sportif. Dans le même temps, il est très probable que nous déplacions le départ des Boucles de Tina. Le tracé actuel restera le même, mais le parking, la zone d’accueil et la location des vélos seront là-bas. La province travaille actuellement sur les cheminements entre les différentes zones, avec le futur promoteur.
Peut-on parler de diversification économique ou de développement sportif ?
L’idée, c’est de renommer le site en Domaine de Tina, qui deviendrait un ensemble à vocation sportive regroupant le golf, le padel, le vélo et un circuit pédestre à travers la forêt sèche et la mangrove.
Super projet ! Alors que viennent d’être créés le Domaine de Déva, le Domaine d’Oro et le Domaine Nouméa, est-il possible que vous changiez le nom pour qu’on vienne jouer au golf au Domaine de Tina ?
J.-D.B. : Oui, je trouve que ça sonne bien, mais c’est encore une fois une décision politique à prendre par la province Sud. Il y a encore un autre projet, mais je ne peux pas en parler. Et ce n’est pas un petit projet.
Compétitions, associations et rumeurs
Revenons au côté sportif et aux compétitions. Vous venez d’organiser l’Eclectic Mercedes-Benz, un rôle normalement réservé à l’Association sportive du golf de Tina. Vous, gestionnaire, souhaitez-vous absorber cette association ?
D.R. : Non, pas du tout. J’ai créé, quand je travaillais à Dumbéa, le Business Club, que j’ai renouvelé ici à Tina. C’est un réseau de chefs d’entreprise qui se retrouvent. Nous avons un contrat avec eux. Libre à l’association d’organiser ses compétitions.
J.-D.B. : Dans ce contrat, ils ont une série d’obligations, notamment financières, pour un sponsoring avec des montants très importants. En contrepartie, ils ont leur affichage publicitaire un peu partout sur le terrain, et ils veulent que nous organisions deux événements commerciaux, un Mercedes et un BMW.
Vous n’avez donc pas le désir de prendre les rênes de l’association et de gérer l’école de golf à sa place ?
J.-D.B. : Non. Et je vais être très clair : j’ai posé sur la table de la province les trois modalités possibles pour faire fonctionner une école de golf :
1. Être gérée par l’association,
2. Être gérée par l’exploitant,
3. Être gérée par une société commerciale sous la forme d’une académie de golf.
La question que je pose aujourd’hui est : la formule actuelle est-elle la meilleure ? Ce n’est pas à moi de décider, nous en sommes là, et la province Sud décidera.
Rumeurs… encore
Dernière question, encore sur des on-dit. Il se murmure que vous auriez la volonté d’acheter un golf en Métropole, celui de Saint-Cyprien, là où Dominique Ricaud a commencé le golf, et là où enseigne Morgan Dufour, un de vos anciens salariés.
D.R. : On a entendu parler de Saint-Cyprien, de l’Espagne, de la Guadeloupe, celui de Saint-François ! Il y a 15 jours, on a même été contactés par des Guadeloupéens, que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam, qui nous demandaient : « Qui êtes-vous pour acheter notre golf ? » C’est du grand n’importe quoi.
Et le rapatriement par conteneurs de voitures de collection vers la Métropole et le Maroc, encore un on-dit ?
D.R. : Toi, tu as des voitures de collection ?
J.-D.B. : C’est n’importe quoi ! Déjà, je n’ai pas les moyens personnellement d’acheter un golf. Ensuite, on ne gagne pas d’argent avec ça. Par contre, ce qui est vrai, c’est qu’on m’a suggéré, sans me dire si c’est par la SEM ou à titre personnel, d’acheter le golf de Moorea, car il est à vendre. Mais non, je ne vais acheter aucun golf. Et je n’ai pas de voitures de collection, même si c’est vrai que j’aime beaucoup l’automobile.
Pour offrir les meilleures expériences, nous utilisons des technologies telles que les cookies pour stocker et/ou accéder aux informations des appareils. Le fait de consentir à ces technologies nous permettra de traiter des données telles que le comportement de navigation ou les ID uniques sur ce site. Le fait de ne pas consentir ou de retirer son consentement peut avoir un effet négatif sur certaines caractéristiques et fonctions.
Fonctionnel
Toujours activé
L’accès ou le stockage technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’utilisateur, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
L’accès ou le stockage technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou l’internaute.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques.Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
L’accès ou le stockage technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’utilisateur sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.